SOMMAIRE
Pour vous retrouver et trouver des critiques des films récents, voici une page avec les liens des dernières critiques, les films vus durant le mois en cours, les films du mois et les 10 derniers coups de coeur.
OCTOBRE 2010
1. The social network, de David Fincher.
2. Les rêves dansants, de Anne Linsel et Rainer Hoffman.
3. Illégal, d'Olivier Masset-Depasse.
4. Petit tailleur, de Louis Garrel.
5. Biutiful, de Alejandro Gonzalez Inarittu.
6. Tout va bien, the kids are all right, de Lisa Cholodenko.
7. Moi, moche et méchant, de Pierre Coffin et Chris Renaud.
8. Rouge comme le ciel, de Cristiano Bortone.
9. The american, de Anton Corbijn.
10. Elle s'appelait Sarah, de Gilles Paquet-Brenner.
11. Les petits mouchoirs, de Guillaume Canet.
12. Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, de Woody Allen.
13. Kaboom, de Gregg Araki.
14. Arthur 3: La guerre des deux mondes, de Luc Besson.
15. La vie au ranch, de Sophie Letourneur.
16. Au fond des bois, de Benoît Jacquot.
17. Donnant, Donnant, d'Isabelle Mergault.
LES FILMS DU MOIS
SEPTEMBRE

Des hommes et des Dieux, de Xavier Beauvois.
AOUT

L'arbre, de Julie Bertuccelli.
JUILLET

Inception, de Christopher Nolan.
JUIN

Dog Pound, de Kim Chapiron.
MAI

Femmes du Caire, de Yousri Nasrallah.
AVRIL

Mammuth, de Gustave Kervern et Benoît Delépine.
MARS

Precious, de Lee Daniels.
FEVRIER

Shutter Island, de Martin Scorsese.
JANVIER

Agora, de Alejandro Amenabar.
LES COUPS DE COEUR
Le dernier été de la Boyita, de Julia Solomonoff.
Submarino, de Thomas Vinterberg.
Simon Werner a disparu..., de Fabrice Gobert.
Un homme qui crie, de Mahamat Saleh Haroun.
Poetry, de Lee Chang-Dong.
Cleveland contre Wall Street, de Jean-Stéphane Bron.
Un poison violent, de Katell Quillévéré.
Cellule 211, de Daniel Monzon.
Tamara Drewe, de Stephen Frears.
Toy Story 3, de Lee Unkrich.
Avec Jesse Eisenberg, Justin Timberlake, Andrew Garfield, ...
Année de production : 2010

THE AMERICAN,
de Anton Corbijn.

Un film américain avec George Clooney, Thekla Reuten, Bruce Altman, Violente Placido, Paolo Bonacelli...
Scénario écrit par Rowan Joffe, d'après l'oeuvre de Martin Booth.
Musique composée par Herbert Grönemeyer.
EN BREF: Anton Corbijn nous offre un film méticuleux et d'une folle beauté quant à son aspect. George Clooney nous offre une prestation de qualité. La vision du film est très agréable. Mais sous cette couche bien vernie, on ne trouve pas grand chose, on s'ennuie même, et surtout on ne ressent rien, pas d'émotion ni d'intérêt particulier.

On attendait The American avec impatience, parce qu'on pensait naïvement que le talent plasticien de l'un (Corbijn, qui nous avait offert le très beau Control), allait se marier à merveille avec le talent d'acteur de l'autre (Clooney, qui a su nous impressionner dans de nombreux rôles). La bonne nouvelle, c'est que les deux talents sont respectés à merveille: George Clooney est très bon, paraît comme toujours réfléchi, dans un rôle mature, beau, taillé à sa mesure; Anton Corbijn nous donne un film beau dans ses coutures, précis à l'extrême, formidable pour les yeux. La mauvaise nouvelle, c'est qu'il n'y a pas grand chose d'autre. Corbijn a cru bon d'adapter un roman de Martin Booth (dont on doute que le livre soit passionnant, tant le visuel prédomine, dans le film), pour jouer avec les codes et les clichés du genre.
L'histoire est tout ce qu'il y a de plus bateau: un tueur en bout de course fait son dernier coup, retiré dans l'Italie profonde mais traqué, rencontre une prostituée, puis tombe amoureux, et réciproquement. Bref, toutes les ficelles de scénario les plus évidentes, pour un film qui s'en joue et opère une sublimation (artificielle, à mon sens), de chacun de ces évènements. On commence en Suède, c'est très silencieux, c'est froid, c'est intriguant. Cet homme, qu'on ne connait pas encore, tue une femme et quelqu'un qui le traque, il s'enfuit. S'ensuit un magnifique générique dans un tunnel, on l'on a rarement vu de si belles lumières. Et nous voilà en Italie, pour le reste du film. On est pris. Pas pour longtemps, puisqu'on se rend vite compte que sous ses magnifiques apparences, le film ne cache pas grand chose, et on s'ennuie assez rapidement quand on n'arrive pas à être fasciné par un film juste parce qu'il est beau. Corbijn a tout de même l'intelligence d'écrire des éléments de scénario qui parviennent à nous tenir quelque peu en haleine: un rôle de prostituée bien écrit pour une femme très belle (Violente Placido, qu'on oubliera pas de sitôt), un prêtre peu vertueux mais très intéressant dans sa conception de la foi et de la vie (Paolo Bonaccelli, excellent) ou encore une mystérieuse femme qui fait affaire avec notre homme (Thekla Reuten). Mais hormis ces sursauts, le film est tout de même très lent (ce qui peut ne pas être un défaut, mais qui l'est ici), et paraît assez superficiel.
Reconnaissons tout de même à Anton Corbijn un film plutôt agréable parce que généreux pour les yeux du public: à chaque plan, on peut s'attarder sur de nombreux détails, on peut dénicher des clins d'oeil qui rappellent le début du film. La lumière est magnifique, bien que parfois tape-à-l'oeil. Aussi on regarde plus ce qu'il y a autour que le personnage lui-même. Et le problème de The American n'est pas tellement l'ennui (parce que la vision du film n'en est pas pour autant désagréable), mais plutôt l'absence d'émotion. On n'est jamais ému par l'histoire, jamais emporté, toujours observateurs, de loin, sans rentrer dedans. Et en sortant, on oublie très vite le personnage et son histoire, ainsi que l'incontournable et prévisible dénouement, pour ne retenir, à la limite, que quelques paysages, quelques plans magnifiques, et un papillon. La métaphore filée de la vie qui passe par ce papillon dans le film est très belle, seul objet vraiment intéressant du film parce qu'objet poétique, qui nous décroche l'unique sursaut émotif du film. C'est ce qui manque cruellement à The American, une distance poétique qui laisserait entrer la sensation, et un parti prix scénaristique, qui rendrait le personnage, et de surcroît le film, vraiment intéressant.
63% de réussite.

... NOTES ...
LE PARISIEN – D'une grande beauté formelle, The American repose sur une réalisation austère et un scénario sans effets superflus.
TELERAMA – Le film repose sur un dispositif séduisant: un cinéaste et son personnage faisant chacun leur cinéma, l'un observant l'autre en train de mettre en scène sa vie.
TELECINEOBS – L'air est connu, mais revisité avec classe par Anton Corbijn, ancien clippeur passé au cinéma. Il a un ton bien à lui: c'est la qualité et le défaut du film, qui frôle parfois l'exercice de style.
CRITIKAT.COM – Un lecteur à qui la bande-annonce laisserait penser qu'on allait assister à un film d'action classique et efficace, on se doit de délivrer un démenti: le résultat est un film terne, plat et sans conviction, dans lequel George Clooney peine à convaincre.

Avec George Clooney, Thekla Reuten, Bruce Altman, ...
Année de production : 2010
LES RÊVES DANSANTS,
de Anne Linsel et Rainer Hoffman.

Un film documentaire allemand avec Pina Bausch, Jo Ann Endicot, Bénédicte Billet et le groupe d'adolescents danseurs.
Scénario écrit par Anne Linsel.
Musique composée par Uwe Dresch.
EN BREF: Ce documentaire porte très bien son nom: plus qu'un rêve, ces répétitions du magnifique Kontakthof par des adolescents qui n'ont jamais dansé sont une utopie, une formidable aventure humaine et, mieux, une représentation de la société d'aujourd'hui. Avec humour et subtilité, Anne Linsel et Rainer Hoffman nous offrent un documentaire exceptionnel, chaleureux et poignant.

Quelques mois avant sa mort en 2009, Pina Bausch décide de donner sa fameuse pièce Kontakthof à deux danseuses qui avaient fait partie de la mise en scène originale du ballet en 1978 (Jo Ann Endicot et Bénédicte Billet), afin qu'elles la travaillent avec un groupe de jeunes étudiants n'ayant jamais eu d'expérience de danseurs. Parce que sa pièce s'appelle Kontakthof (qui signifie lieu de rencontre), elle décide de la léguer à ceux qui a priori ne se seraient jamais intéressés à celle-ci. Et ces jeunes, effectivement, n'avaient jamais entendu parler de Pina Bausch avant de répéter la pièce.
Le documentaire que réalisent Anne Linsel et Rainer Hoffman est construit de manière très classique (ce qui contraste avec l'originalité et la modernité profonde du ballet de Pina Bausch), suivant les répétitions au fil d'une année, jusqu'à la première sur scène. On suit ainsi le cheminement et l'évolution de quelques-uns de ces jeunes danseurs, les plus emblématiques, les plus à l'aise. On suit aussi le processus de création, car même si la pièce a déjà été jouée plusieurs fois (dont une fois avec des séniors quelques années auparavant), il a fallu l'adapter aux interrogations des jeunes d'aujourd'hui. Parce que Kontakthof, c'est un ballet des sentiments, des sensations, un questionnement corporel de l'émotion. C'est la recherche de la plus profonde vérité du corps. Et accessoirement, c'est une superbe pièce musicale, délicieuse à écouter durant tout le documentaire. Pina Bausch a mis en place une danse profondément expressive pour raconter ses différents tableaux, plein de tableaux situés dans une maison: les hommes, très classes, ont du désir pour les femmes, colorées et très belles, et veulent en provoquer, et vice-versa. Elle a su mêler avec talent la danse et le théâtre, et humaniser totalement l'espace scénique pour avoir affaire à des personnages construits avec une véritable personnalité. Les corps ne sont pas forcément sublimés, ils sont juste montrés dans leur plus grande vérité, et balancés d'une émotion à l'autre avec une grande cohérence. Les mouvements, s'ils sont écrits d'avance, peuvent être modifiés et enrichis de la personnalité d'un danseur. Les jeunes, non-professionnels, se nourrissent de leur expérience personnelle pour jouer les émotions et pour avancer, pour trouver leur personnage, et se confrontent souvent à l'inconnu: ils disent ne jamais avoir vécu le grand amour, et pourtant doivent le faire croire, ou en tout cas faire croire au désir de ce grand amour. Et on y croit.
Dans une dynamique de groupe qui rappellera forcément des souvenirs chaleureux et inoubliables à tous, les jeunes apprennent à se connaître, à se livrer. Au début, ils sont plutôt timides, et puis ils s'ouvrent, se libèrent. Ils finissent même pas se confier à la caméra, et c'est dès ce moment là que le film devient de plus en plus passionnant. En plus d'une expérience pas banale (des inconnus montent sur scène avec un ballet très reconnu), les jeunes vont se révéler être de très intéressants miroirs de la société contemporaines et de ses inquiétudes. L'un est rom et dit qu'il est tzigane aux autres pour que cela soit mieux compris, l'autre a perdu son père et cherche sa reconnaissance à travers ce projet, une autre nous parle de l'itinéraire de ses parents et grands-parents, de leur migration du Kosovo à l'Allemagne suite à la guerre... C'est passionnant, parce que c'est sincère. C'est déroutant parce que c'est réel. Et ces multiples questionnements, ils s'en servent pour donner à la pièce de Pina Bausch une émotion et une portée particulières. Une dynamique de groupe, c'est aussi beaucoup de chaleur, de la vie, des engueulades, des rires collectifs, des délires. Et cela, le documentaire le rend très bien. On sent ce dynamisme, on sent le mouvement, on rigole beaucoup et on passe un moment chaleureux et assez extraordinaire pour un documentaire. Ce documentaire porte beaucoup plus loin que sur la simple création, il porte sur la nature humaine, ses contradictions. Et il rend justice à une aventure humaine très simple et qui a apporté, on en est certain, une belle richesse à ces multiples personnalités, auxquelles on s'attache vite. Et puis, Les rêves dansants, c'est un bel hommage à la chorégraphe Pina Bausch, un hommage virevoltant et poignant qui rend compte de sa générosité, de son attachement au partage. C'est un hommage à l'héritage qu'elle laisse chez ces jeunes gens (et dans nos esprits), qui ont eu, de leurs propres termes, « une chance pour l'avenir » avec ce projet. Cette aventure les aura marqué à jamais, et rien que pour cela, on peut croire au moins en une utopie que ce film exalte: l'amour.
80% de réussite.

... NOTES ...
POSITIF – Les rêves dansants est un film salutaire, qu'il faut voir mais encore largement montrer.
LE MONDE – Anne Linsel et Rainer Hoffman signent un film à mi-chemin entre une comédie musicale et un teen-movie qui aurait intégré une dimension tragique. Une belle manière de célébrer la vitalité de la danse de Pina Bausch.
TELECINEOBS – De cette expérience de vie et d'art, les cinéastes ont su tirer la quintessence initiatique, tout en échappant au piège du sociologisme.
TELERAMA – En se tenant au plus près du corps et des pensées de ces très jeunes gens, les deux réalisateurs de ce documentaire adoptent une position idéale, à la fois distante et bienveillante.

SEMAINE DU 6 OCTOBRE
Une bluette amoureuse élégante et très sensible, une histoire d'amour filmée avec ironie, tendresse et crédibilité par une femme sur des femmes, un dessin animé hyper attachant et profondément drôle, un modeste film italien sur l'un des plus réputés des ingé sons italiens, une fable totalement insignifiante par un Dieu vivant de la comédie, Woody Allen, un délire totalement barré parlant, pêle-mêle, de sexualité, d'apocalypse, d'utopies, de jeunesse, et une « comédie » facile et fatigante d'une réalisatrice qui sombre peu à peu dans le ridicule. Ce qu'il fallait voir cette semaine du 6 octobre... ou pas.

PETIT TAILLEUR, de Louis Garrel.
Vu en juin au Forum des Images en présence de Louis Garrel et du Grand Albert, ce film m'avait beaucoup touché. Louis Garrel y met beaucoup de personnalité, avec des petits bouts de tout, mais surtout une élégance dans sa mise en scène de l'amour. Une vivacité, une fragilité, une incandescence même: il y a un vrai regard sur l'amour dans ce petit bout de film, très attachant déjà. Garrel fils semble avoir bien retenu ses leçons et nous délivre, pour notre plus grand plaisir, une très bonne copie, qu'il a puisé chez ses maîtres de la nouvelle vague, mais également d ans sa petite caboche, pour nous offrir ce que pourrait être la nouvelle vague d'aujourd'hui: une jeunesse tourmentée mais pas révolutionnaire, voire même un peu conformiste dans ses sentiments, respectant les aînés (en témoignent ces scènes dans l'atelier du tailleur, excellent Grand Albert Igual). Le film est un véritable concentré de joie, de vie, d'envie. Ce désir de cinéma, de vérité et de plaisir se ressent bien dans ce joli Petit Tailleur. Garrel sublime, par un intense noir et blanc, les visages de ses acteurs, en particulier celui de Léa Seydoux, qu'on a jamais vue aussi belle. Et fait l'apologie de l'amitié, le tout avec chaleur, naturel et sincérité. Rythmé par une bande-son qui charme les oreilles, le film est donc une belle et (trop) courte synthèse de l'époque d'aujourd'hui: trop rapide pour s'attarder sur les beaux sentiments, trop « molle » pour s'engager vraiment dans un projet professionnel, mais toujours aussi fougueuse et à la recherche d'une identité. De ce Petit Tailleur, il reste beaucoup d'images, et surtout une envie profonde: que Louis Garrel réalise enfin son premier long-métrage.


TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT, de Lisa Cholodenko.
Quasiment deux semaines après l'avoir vu, je garde un excellent souvenir de la projection de cette très jolie comédie. Je ne m'attendais pas du tout à cette jolie surprise puisque je m'attendais à une comédie convenue sur l'homoparentalité, avec nunucheries à gogo et clichés à tire-larigot. Et bien non! Au contraire, la réalisatrice Lisa Cholodenko, malgré une histoire qui peut paraître convenue sur le papier (un couple de femmes qui élèvent deux enfants « obtenus » grâce à un donneur de sperme, vient à se quereller à propos du donneur, que les enfants ont étés retrouver), s'affranchit de tous les clichés dans lesquels elle aurait pu s'embourber. Et nous donne une comédie d'une très grande fraîcheur, d'une grande drôlerie, truffée de personnages attachants. Jamais la réalisatrice n'a un regard condescendant envers ses héroïnes, elle vulgarise au contraire au maximum la situation de l'homoparentalité, jusqu'à nous faire oublier qu'il s'agit d'un couple de deux femmes. Il faut dire qu'elle a sur choisir deux actrices charismatiques et irremplaçables: les délicieuses Julianne Moore et Annette Benning. Deux femmes remplies de charme, filmées avec pudeur et vérité. Prenant le contrepied des grosses productions ou les acteurs sont physiquement parfaits, la réalisatrice filme en gros plans des actrices certes vieillissantes, mais d'un naturel et d'une beauté épatantes. Rarement on aura pu voir au cinéma des scènes d'engueulade aussi crédibles et aussi fortes, les deux comédiennes peuvent se révéler franchement déchirantes. Et une fois qu'on est pris dans l'histoire, même les défauts paraissent totalement anodins (quelques scènes de facilité, notamment quand l'une des deux mamans s'excuse devant la famille de manière très classique...). On ressort du film totalement enjoués, et même fortement touchés. Si le film est très drôle (les scènes de sexe sont très originales, et fortement hilarantes) et jamais construit sur des gags vulgaires mais toujours sur un humour inattendu caché derrière un léger et souvent tendre virage de scénario, il se révèle émouvant à la fin, parce que d'un naturel déconcertant. Il m'est arrivé quelque chose de rare devant l'une des dernières scènes, lorsque la fille quitte les deux mamans pour l'université: ces étreintes m'ont fait pleurer tellement elle étaient criantes de vérité, et m'ont fait beaucoup rire, et ce les deux en même temps. Une sensation très agréable, pour un film au final plus que recommandable.


MOI, MOCHE ET MECHANT, de Pierre Coffin et Chris Renaud.
Grosse surprise pour moi qui m'attendais à un film d'animation convenu et très lourd. Je suis du coup retourné le voir, et on prend autant de plaisir la deuxième fois que la première! Le scénario fourmille d'idées, le visuel est ébouriffant et épatant, l'histoire très drôle et les personnages très attachants. Dès lors qu'il lance une idée, le scénario la boucle, mais jamais en la surlignant trop, juste en éparpillant quelques touches durant tout le film: ce minion qui s'envole dans les airs, par exemple, on le retrouve plusieurs fois dans le film, clin d'oeil amusant et bien senti au spectateur. On s'attendait à du vulgaire avec un méchant pas forcément bien compliqué, on a presque parfois du raffiné, avec une véritable créativité: le méchant, on s'y attendait, devient gentil avec ces trois petites filles, mais le fait d'une manière forcément touchante, et il crée un livre pour elles, et c'est rare, une telle délicatesse de scénario d'animation. Le film n'est jamais prétentieux, et s'il suit le schéma classique d'un film d'animation dans son scénario, il parvient à trouver des angles originaux et décalés qui font toujours mouche. Bref, un film d'animation hautement conseillé pour la famille, les enfants y trouveront du plaisir et ne seront pas pris pour d'inconséquents imbéciles, et les parents y trouveront de nombreux clins d'oeil et un film qui leur est également destiné. A noter en bonus: un travail exceptionnel, comme sur Toy Story 3, sur les voix, jamais criardes comme dans la majorité des dessins animés.


ROUGE COMME LE CIEL, de Cristiano Bortone.
J'avais vu la bande-annonce et je l'avais trouvé mignonne, j'y suis donc allé avec l'espoir d'un joli petit film. Encore une fois cette semaine (bien jolie semaine, décidément), j'ai été très agréablement surpris, par un film sans prétention, et qui dit avec beaucoup de délicatesse ce que beaucoup de films essayent d'asséner avec beaucoup d'effets et de lourdeur. Il s'agit ici de l'enfance de l'un des ingénieurs du son italiens les plus connus. Un malencontreux incident lui a enlevé la vue pendant son enfance, il a été mis dans un établissement pour non-voyants, et a développé un sens inouï pour le son. Voici ce que raconte, très simplement, Rouge comme le ciel, un film destiné aux enfants mais devant lequel les plus grands pourront être touchés. Le jeune comédien qui prête ses traits au personnage est très bon et très attachant, il porte le film sur ses toutes petites épaules. Le film parle ainsi avec beaucoup de sensibilité de la différence et du handicap, de l'acceptation de ce handicap par une enfant qui tombera amoureuse de ce jeune aveugle. Il fallait également du talent pour nous faire ressentir les troubles de l'enfance et de la non-voyance. Du tact et de la subtilité, aussi, pour montrer les premiers pas d'un jeune garçon dans le bruitage. On aurait aimé que le film se passe de mettre de la musique lorsque le groupe d'enfants aveugles présente son histoire faite de bruitages devant un public les yeux bandés, car elle gâche tout ce que le film aurait pu avoir de sensitif et d'intuitif. Mais, le film étant clairement destiné aux enfants, on ne saurait lui en faire grief. Le film se termine comme il s'est commencé: d'une très jolie façon. L'espace d'une heure et demie, on est revenu à la délicatesse de l'enfance, et même au sentiment réconfortant et chaleureux du cocon familial et amical de l'enfance. Une délicatesse qui nous touche, et qui fait de ce film est joli hymne à la liberté et à la création.


VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU, de Woody Allen.
La cuvée 2010 de Woody Allen est en demi-teinte. Posant ses caméras à Londres, il nous offre une comédie charmante dont lui seul a le secret: une comédie décalée, intemporelle et pourtant très contemporaine, une galerie de personnages farfelus, avec toujours des personnes totalement barrées, et des personnes extrêmement rigides et conservatrices. C'est ce décalage qui rend souvent les films de Woody Allen délicieux. Ici, ça ne fonctionne pas très bien, ou plus très bien. La logique semble s'essouffler un peu. On ne s'ennuie pas et la comédie reste sympathique à regarder (bien que pas drôle du tout), mais on est pas pris par l'histoire, on regarde cela d'un air indifférent, les acteurs ne sont pas exceptionnels (comme avaient pu l'être de nombreux acteurs et actrices chez Woody Allen avant), excepté Gemma Jones. Certes, l'idée est intéressante: au final le monde ne peut tourner rond qu'avec l'influence des farfelus, seuls à s'en sortir dans ce conte assez cruel et beaucoup moins joyeux que l'ensemble des films de Woody Allen. Mais il ne parvient pas à nous captiver, à nous emporter, c'est tout. Un Woody Allen mineur, donc, peu mémorable. Ce qui n'empêche pas d'attendre le prochain avec impatience, d'autant plus qu'il a été tourné à Paris. Une chose n'a toutefois pas changé chez Woody Allen: sa lucidité. Il l'avoue lui-même par une voix off: « il est temps de conclure cette fable insignifiante ». Effectivement, le temps commençait à sembler long, et si l'on a réussi à s'attacher au personnage de la grand-mère, les autres allaient bientôt commencer à nous pomper l'air. Il serait grand temps que Woody se recycle un peu.


KABOOM, de Gregg Araki.
Les avis sur Kaboom ont étés dithyrambiques. Un chef-d'oeuvre, crient certains, un délire complètement jouissif, gloussent d'autres. J'ai vu le film en avant-première, en présence de Gregg Araki et de Thomas Dekker, qui ont reçu lors de la projection la Queer Palm du Festival de Cannes, pour son apport à la sexualité gay, lesbien et hétéro. C'est bien vrai qu'on assiste à un vrai mélange de sexes et de genres, mais le film n'apporte rien à une quelconque réflexion sur la sexualité. C'est un bon gros délire, devant lequel on prend certes pas mal de plaisir, mais qui est totalement insignifiant. Je suis sorti de la salle mitigé: à la fois, j'avais pris mon pied à le regarder, à la fois je ne savais pas quoi en retenir, quoi en dire. Je ne m'en souviendrais pas très longtemps, parce qu'il n'y a aucune maestria dans le film. Le film se moque de la prétention de certains films, et il est franchement très drôle (rarement réaliste, excepté dans les fantasmes) quand débute la partie thriller-science-fiction. Seulement voilà, après coup, le film paraît tout de même facile. Pendant la première demi-heure, Araki se paie un portrait plein de couleurs et de mouvements de la jeunesse d'aujourd'hui, telle qu'il la suppose, c'est assez drôle mais on se demande comment il va tenir une heure trente avec ce propos si maigre au final, et puis il passe sans prévenir, sans transition, au thriller, à un film totalement fantastique, qui prend bien, parce qu'on s'accroche à son siège à plusieurs moments, on éclate de rire plusieurs fois. Et puis l'hilarant final, totalement déluré, inattendu, une bonne manière de boucler totalement un film (personne n'y avait jamais pensé, pourtant c'était simple, pour régler les intrigues). Mais c'est vrai que si le plaisir et la jouissance sont présents durant la première partie du film, on n'en a plus tellement durant cette deuxième partie, parce que les personnages deviennent quelconques, parce que les actions se répètent parfois, que les raccourcis de scénario deviennent systématiques. Bref, on sort non sans avoir pris du plaisir, mais en se demandant ce que le film a bien pu apporter d'intéressant, tellement il paraît inconséquent, inutile. Peut-être est-ce justement cela qui a plu à beaucoup... Pas à moi.


DONNANT, DONNANT, d'Isabelle Mergault.

Avec son premier film, Isabelle Mergault nous avait surpris. A la sortie du film, j'avais adoré Je vous trouve très beau. Son deuxième film, Enfin veuve, était beaucoup moins bon, voir même assez mauvais, pas franchement hyper drôle et décevant. Son troisième film, Donnant, Donnant est un navet. Elle reprend la recette de son premier film (jusqu'à filmer le dernier plan quasiment à l'identique, et jusqu'à en répéter l'histoire, avec la même héroïne), et nous chie son film en nous prenant au passage pour des demeurés complets, en surlignant tous ses effets, en alignant des blagues potaches qui tombent forcément à plat puisque les seuls moments qui auraient éventuellement pu être drôle sont dans la bande-annonce... C'est dommage mais tout est prévisible et râté dans cette pseudo-comédie même pas respectueuse de ses personnages et de son public: elle nous présente des tarés et des imbéciles (et on voit qu'elle ne connait pas le milieu rural), avec un méchant qu'on est censé adorer (parce qu'il a un AVC et parce qu'il n'est pas vraiment méchant, Daniel Auteuil qu'on a rarement vu aussi mauvais), une mère complètement gaga qui veut se suicider et se refaire les racines une fois qu'elle a trouvé son prince charmant (Sabine Azéma, incroyablement mauvaise), et une fille qui veut tuer sa mère dont on est censé s'éprendre (Medeea Marinescu, jolie trouvaille dans Je vous trouve très beau, actrice répétitive dans Donnant, Donnant). Isabelle Mergault sombre, avec ce film, dans la facilité, et ne peut plus feindre qu'elle connait le cinéma, on est ici dans le niveau zéro du cinéma. C'est d'un conventionnel incroyable, pas un seul plan sur 1h40 n'est beau. D'une lourdeur pas possible, on est content quand enfin ça s'arrête, sur des images plus que convenues. Et surtout, on est heureux que le film fasse un bide (Je vous trouve très beau avait réuni plus de 3 millions de spectateurs, Enfin veuve près de 2,2 millions de personnes, et Donnant, Donnant terminera sa carrière proche des 500 000 entrées! C'est tant mieux, ça aidera peut-être la prétentieuse dame (qui est contre le matraquage médiatique, mais jamais elle ne va se remettre en question), à réfléchir à un vrai scénario.

Avec Arthur Igual, Léa Seydoux, Albert Igual, ...
Année de production : 2010
